waturr.jpgL'art contemporain aborigène ouvre une fenêtre sur une pensée singulière où la mémoire des hommes et celle de l'univers sont intimement liées.

Dans les religions aborigènes, la mémoire individuelle, sociale et historique, s'incarne dans des ancêtres mythiques qui ont inscrit leur savoir dans les paysages sous formes d'empreintes disséminées dans des point précis du paysage : failles, rivières, concrétions rocheuses, trous d'eau, des sites souvent considérés comme sacré. Ces traces constituent une mémoire ancestrale porteuse de connaissances historiques mais aussi géologiques, botaniques ou métaphysiques. Toute mémoire est donc localisée, ancrée dans une géographie à la fois physique et mythique. Au cours de rituels complexes, les hommes ont la responsabilité de maintenir le lien entre les forces spirituelles ancestrales et les sites sacrés.

Une connexion essentielle unie ainsi la mémoire des hommes et celle de la terre. Les artistes contemporains réinterprètent aujourd'hui ce lien dans des oeuvres d'art destinées au domaine public. Les oeuvres présentées au Palais évoquent sous formes semi abstraites ces sites et la mémoire qu'ils renferment : mémoire mythique dans la toile de Dorothy Napangardi, historique dans le tableau de Freddie Timms, passage d'une mémoire à l'autre dans les sculptures yolngu.

A l'entrée de l'auditorium Lumière

Waterfall, 2007
Freddie Timms
Acrylique sur toile
H. 180 cm ; l. 300 cm
Musée des Confluences
 © Patrick Ageneau




Waterfall 2007 présente une vue aérienne des paysages de l'est du Kimberley marquées par les bouleversements coloniaux. La toile est rythmée par les courbes des rivières, les lignes des clôtures, le tracé des routes et des collines sombres qui offraient jadis un refuge aux Aborigènes chassés par la police. Les panoramas de Timms portent les traces de cette frontière coloniale, encore très présente de la mémoire locale.

2008.13.1-2.jpgSalt on Mina Mina 2007 
Dorothy Napangardi
groupe Walpiri 
Alice Springs 
Acrylique sur toile 
H. 168 cm ; l. 244 cm 
Musée des Confluences 
© Patrick Ageneau


Napangardi manifeste sur la toile la genèse ancestrale du lac salé de Mina Mina : l'image d'une mémoire en mouvement. La juxtaposition des points blancs sur fond noir  forme un grille, un réseau qui semble s'ouvrir et se fermer par endroits. Ce sont les traces des femmes ancestrales qui dansent à Mina Mina et modèlent le paysage

Sur la scène de l'auditorium

DSC_0272.jpg © Patrick Ageneau

Inspirées des poteaux cérémoniels, les sculptures Yolngu et Tiwi, matérialisent le voyage funéraire de l'âme vers un site sacré, dit de conception. L'œuvre Milngiyawuy (Voie lactée) présente une vision métaphorique, à la fois terrestre, aquatique et céleste de la rivière Milngiyawuy, conçu comme le réservoir spirituel du clan de l'artiste. La projection de la rivière dans la voie lactée est une allégorie désignant la destinée de l'âme des membres de ce clan, qui, à la mort, se transforme en étoile.


Waturr Gumana (né en 1957), groupe Yolngu

Poteau Funéraire

Bois et Pigments naturels

H. 367 cm ; diam. 20 cm

Musée des Confluences

© Benoît Laplay






D'après Arnaud Morvan, anthropologue